> « Est-ce ici la région, le sol, le climat, dit alors
> l'archange perdu, est-ce ici le séjour que nous devons changer
> contre le Ciel, cette morne obscurité contre cette lumière céleste ?
> Soit ! puisque celui qui maintenant est souverain peut disposer et
> décider de ce qui sera justice. Le plus loin de lui est le mieux, de
> lui qui, égalé en raison, s'est élevé au-dessus de ses égaux par la
> force. Adieu, champs fortunés où la joie habite pour toujours !
> Salut, horreurs ! salut, monde infernal ! Et toi, profond Enfer,
> reçois ton nouveau possesseur. Il t'apporte un esprit que ne
> changeront ni le temps ni le lieu. <mark>L'esprit est à soi-même sa
> propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l'Enfer, un Enfer
> du Ciel</mark>. Qu'importe où je serai, si je suis toujours le même
> et ce que je dois être, tout, quoique moindre que celui que le
> tonnerre a fait plus grand ? Ici du moins nous serons libres. Le
> Tout-Puissant n'a pas bâti ce lieu pour nous l'envier ; il ne voudra
> pas nous en chasser. Ici nous pourrons régner en sûreté ; et, à mon
> avis, régner est digne d'ambition, même en Enfer ; <mark>mieux vaut
> régner dans l'Enfer que servir dans le Ciel</mark>. »
>
> — <b>John Milton</b>, 1667, <a
> href="http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Paradis_perdu"
> class="wikipedia" hreflang="fr"><em>Le Paradis Perdu</em></a>, Livre I
> (pp.7-8) dans la traduction de F.-R. de Chateaubriand (1861).